Congrès national au Mans : le dernier grand rendez-vous avant les élections aux Chambres d'agriculture !

Publié le mercredi, 12 décembre 2012 10:41

Entre débats scientifiques et politique : faire avancer la cause des agriculteurs !

Le XIXème Congrès de la Coordination rurale s'est tenu le 28 novembre dernier au Palais des Congrès du Mans (72). Près de 700 personnes venues des 4 coins de la France ont participé à cette nouvelle édition qui s'est déroulée dans des conditions optimales grâce au travail remarquable de la CR72 et de la CR Pays de la Loire.

Entre conférences techniques ou historique et discours politiques et syndicaux, la journée à été riche en information et en débats !

Après le discours d'accueil chaleureux des présidents des CR départementales et régionales, Didier Sausserau et Jacques Briant, MM. Beauzamy et Voron ont dénoncé chacun leur tour des impostures injustement relayées dans la sphère publique. La question du lien entre l'activité agricole et la présence de nitrates et d'algues vertes dans l'eau d'abord, puis le « mythe » de la rareté de l'eau qui sert de prétexte à des restrictions d'irrigation en été.

Les analyses historiques de M. Lynch ont quant à elles permis de mieux comprendre le milieu du syndicalisme agricole français.

La politique agricole a bien entendu été à l'ordre du jour, avec la présence de Stéphane Le Moing, directeur adjoint du cabinet du ministre l'agriculture et les interventions syndicales des élus de la Coordination Rurale.

La journée s'est clôturée dans un esprit festif et conquérant grâce au discours mobilisateur de Bernard Lannes, à quelques semaines des élections aux Chambres d'agriculture.

I. Mieux connaître le milieu agricole pour mieux défendre les agriculteurs

Trois intervenants sont venus partager leurs connaissances et leurs analyses sur des sujets directement liés à l'agriculture.

A. Bernard Beauzmy : « Nitrates et algues vertes : l'imposture des modèles mathématiques »

La 1ère intervention a été celle de Bernard Beauzamy, un mathématicien qui est Directeur de la Société de Calcul Mathématique, et à l'expertise duquel de nombreuses structures de renom ont fait appel : parmi elles, EDF, Aéroports de Paris, les pouvoirs publics, la Délégation Générale pour l’Armement, l’Aérospatiale, etc. Il a fait part de son expertise scientifique quant à la relation présumée de cause à effet entre la présence d'algues vertes en Bretagne et les nitrates agricoles présents dans les déjections animales et les engrais, suite à la demande de Christian Buson, président de l'Institut Français de l'Environnement. En effet, trop de vérités toutes faites circulent et malgré l'avancée des connaissances scientifiques, seul l'IFE et la CR remettent en cause le caractère « polluant » des nitrates.

Bernard Beauzamy a expliqué que tous les articles "scientifiques" qui prétendent démontrer un lien de causalité entre la présence d'ulves et les productions agricoles reposent sur des modèles mathématiques fabriqués pour la circonstance, et, ce qui est bien plus grave, non validés.

Or, il est indispensable de vérifier que le modèle mathématique est fiable et de le confronter à la réalité du terrain. Sinon, on peut aisément arriver à des conclusions absurdes du genre : une vache de 700 ans produit plus de lait qu'une vache de 10 ans !

D’après l’Ifremer, qui est un organisme d’Etat, on peut établir clairement 3 critères qui peuvent influer sur la prolifération des ulves dans l'eau :

  • un enrichissement conséquent en azote dissous sous forme de nitrates,
  • la pente de la côte sous-marine,
  • la notion d’éclairement.

Le mathématicien n'a pas de parti pris vis-à-vis de ces hypothèses, qui sont vérifiables et testables et sur lesquelles l'Ifremer n'a jamais donné d'explications. Ainsi, on aurait pu depuis ces conclusions réaliser des cartes permettant d’établir si les ulves prolifèrent mieux là où les trois conditions sont réunies. Bernard Beauzamy a dénoncé le fait que le débat existe depuis trente ans et que les cartes n’ont toujours pas été réalisées. Cette absence de validation au regard de la lourdeur des dispositifs imposés aux agriculteurs est invraisemblable. Sans doute est-ce lié à une crainte de démontrer que l'Ifremer a tort ? Pourtant, cela ne devrait pas être la préoccupation d'un organisme scientifique, d'autant plus qu'il est lié à l'Etat. Cette légèreté est condamnable.

La réalisation de ces cartes est pourtant loin d'être complexe ni coûteuse vu qu'il s'agit de la Bretagne, toute proche : il s'agit donc de réclamer cette validation indispensable, sachant que cette réalisation et les conclusions à en tirer peuvent s’étaler sur une dizaine d’années. La prudence voudrait que durant cette période, une décision forte soit prise pour mettre les réglementations en suspens, ou au moins pour cesser l'inflation réglementaire.

D’après les études de Bernard Beauzamy, le niveau scientifique des modèles utilisés dans le cadre de cette expertise, est « consternant et ne serait accepté par aucune autre discipline ». L'environnement n'étant pas une discipline moins importante que les autres, Bernard Beauzamy a expliqué qu’il n'y a aucune raison d'accepter ces arguments qui seraient rejetés ailleurs.

Ce qu’il faut retenir :

Dans le cas des ulves, à partir de données qui ne montrent rien d'inquiétant, on assiste à un acharnement à employer tout procédé de traitement statistique possible, pour obtenir un résultat désiré. En effet, tous les logiciels possibles et tous les tests statistiques existants ont été exploités. Bernard Beauzamy a souligné que tous, sans aucune exception, sortent de leur domaine de validité.

Les simulations mathématiques n’ayant aucune valeur dans le processus scientifique, ce débat, qui ternit l’image des agriculteurs depuis plus de trente ans, s’avère stérile car il ne repose sur aucune donnée fondée !

L’agriculture ayant un rôle social, M.Beauzamy conseille aux agriculteurs de la Coordination Rurale de contester la méthode, d’exiger des expertises et de demander à être intégrés dans le circuit de décision.

Les agriculteurs devront faire valoir que pour avoir une valeur, une expertise scientifique, doit être fondée sur des données publiques incontestables. Les faits, les arguments, les raisonnements doivent être entièrement accessibles à la consultation et à la critique scientifique.

A l’heure actuelle, toutes les conditions sont réunies pour invoquer le principe du débat contradictoire. Mais les zones vulnérables s'étendent, ce débat est plus qu'urgent !

Concernant Ifremer et les autres organismes…

Selon Bernard Beauzamy, hors du champ judiciaire, les experts se croient absolument tout permis. Les plus « dangereux » sont ceux qui viennent d'organismes publics, car leur statut leur donne une honorabilité et une respectabilité dont certains abusent.
Un organisme d'Etat aura plus de mal à faire une recherche de bonne qualité car :

  • Il est constamment environné de "consultants" qui viennent porter leurs louanges, espérant en retour quelques contrats ;
  • Il n'est pas soumis à la concurrence ni au marché ;
  • Il souffre de la perte générale de compétences de l'Etat, dont le déclin scientifique a commencé il y a plus de trente ans.

Face à un tel constat, les congressistes ont tout de même retrouvé une once d’espoir lorsque que Bernard Beauzamy a conclu qu’à l'égard de l'expertise scientifique, le monde judiciaire est souvent beaucoup plus méfiant que la société civile ! Il reste à convaincre nos politiques que, plutôt que de chercher à se conformer aux exigences de la Commission européenne, ils devraient attaquer cette directive qui fait depuis trop longtemps du mal à notre agriculture.

L'expertise de mathématiciens tels que Bernard Beauzamy devrait être sollicitée dans bien d'autres domaines qui touchent à l'agriculture, notamment sur la question épineuse du lien entre la mortalité et l'affaiblissement des colonies d'abeilles avec l'utilisation de tel ou tel produit phytopharmaceutique.      

B. Henri Voron : « L'imposture hydrologique »

Auteur de l'ouvrage Pour en finir avec les histoires d'eau, Henri Voron est venu dénoncer ce qu'il appelle « l'imposture hydrologique ». Son constat est simple : le manque d'eau est un mythe qui s'explique par l'ignorance colossale du cycle de l'eau. La présentation d'Henri Voron s'est centrée sur la situation hydrologique de la France, qui impose en période estivale aux agriculteurs des restrictions d'irrigation, souvent catastrophiques.

Cycle de l'eau

Rappel des chiffres

En France métropolitaine, la moyenne annuelle des précipitations depuis 50 ans est estimée à 486 milliards de m3, sur lesquels 311 milliards de m3 (soit les deux tiers) rejoignent l’atmosphère par évapotranspiration.
Le tiers restant, 175 milliards de m3, est constitué de pluies efficaces qui alimentent réellement les ressources en eau continentale et correspondent exactement au total des débits annuels de nos rivières et fleuves dans la mer: 75 milliards s'écoulent en surface et 100 milliards s'infiltrent en eau souterraine, puis rejoignent les rivières. Cette eau est « perdue » mais la France n’en a nul besoin ! La notion « d’économie d’eau » qui serait par hypothèse nécessaire face à une menace supposée de pénurie globale, n’a donc absolument aucun sens.

L'irrigation

Elle consiste à reprendre de l’eau qui s’était infiltrée ou qui avait ruisselé et qui part à la mer, pour la remettre à terme dans le compartiment « evapotranspiration » des plantes, à travers la photosynthèse qui, rappelons-le, permet la vie sur Terre. Ainsi, cette eau est non pas « consommée » comme certains semblent le dire, mais plutôt stockée momentanément sous forme végétale, en attendant ensuite un retour à l'atmosphère dans le cadre du cycle de l'eau.

L’agriculture utilise ainsi 4,9 milliards m3 d’eau - soit (4,9 / 175 =) 2,8 % du volume d’eau disponible - en moyenne annuelle en France. En fait, l'utilisation d’eau par l’agriculture irriguée est dérisoire par rapport à la ressource !

Finalement, sur les grands bassins d'irrigation en France, seul le haut bassin de la Garonne suppose une gestion fine de l’irrigation, pendant les mois d’été, gestion d'ailleurs parfaitement bien réalisée par les professionnels.
Quant aux nappes phréatiques, elles représentent un volume de 2 000 milliards de m3 en France et le flux qui les traverse chaque année est estimé à 100 milliards de m3 (source BRGM). Les prélèvements pour l'irrigation agricole représentent 1,55 milliards de m3, soit seulement 1,55 % des flux annuels et 0,07 % du stock ! C’est insignifiant !!!

La gestion nationale des sécheresses et les restrictions d'irrigation

Contrairement aux déclarations alarmistes et aux décisions de rationnement inutiles des pouvoirs publics, la sécheresse ne menace pratiquement jamais en France, que ce soit au regard des ressources exploitées pour les réseaux d’eau potable des grandes villes (largement redondants) ou en milieu rural, ou au regard de celles mobilisées pour les réseaux d’irrigation (sauf exceptions très localisées).

Finalement, on peut voir les rationnements d’eau comme des mesures symboliques et politiques, qui n’ont, en général, aucun contenu rationnel.
Ce sont en général les pâturages et les prairies permanentes, donc l’élevage, qui sont les principales victimes des sécheresses conjoncturelles. Rationner l’eau des urbains ne permet pas d’aller arroser une prairie précocement jaunie, et non irrigable, ce qui est le cas général. Les ministres de l’environnement, de quelque bord qu'ils soient, font croire l’inverse. C’est une imposture.

Conclusion : Irriguons !

En fait, toutes les cultures pluviales du monde sont vulnérables au risque de sécheresse et seule l'irrigation permet d'y faire face de manière acceptable. Or, la SAU (surface agricole utile) française couvre 30 millions d’hectares et un seul million d’hectares est irrigué.
Dans le temps comme dans l’espace, l’impact de l’irrigation reste marginal en France. L’irrigation n’a pas d’impact significatif sur l’environnement et en aucun cas n'y est néfaste. Pourtant, les pouvoirs publics font tout pour faire régresser les surfaces irriguées, mais c'est une grave erreur, sur le plan écologique, alimentaire et économique. Au contraire, ils devraient favoriser l'irrigation pour sécuriser les rendements des agriculteurs qui  le souhaitent et le peuvent !

C. Edouard Lynch : « Approche historique du syndicalisme agricole français

Edouard Lynch, professeur d'histoire contemporaine à l'université Lumière Lyon 2, spécialisé dans l'histoire de la france rurale au XXème siècle est venu présenter l'histoire du syndicalisme agricole française. Son exposé, purement historique, permet de mieux comprendre la situation actuelle.

En 1884, la IIIème République accorde le droit syndical. A l'origine destiné aux ouvriers, les agriculteurs vont eux aussi profiter de cette occasion pour s'organiser.
Trois éléments sont essentiels pour comprendre la chronologie du syndicalisme agricole :

  • le mythe unitaire
  • le rapport entre le syndicalisme et la politique
  • le rapport entre le syndicalisme et les intérêts économiques

Le syndicalisme, la profession et le mythe unitaire

La dimension unitaire se retrouve dans le refus du modèle de la lutte des classes dont fait montre le monde agricole : les intérêts communs l'emportent sur les divergences.
Dans cette conception, on laisse de côté les disparités des agriculteurs (hiérarchie des fortunes et des exploitations) pour se recentrer sur leur principal point commun : tous sont des chefs d'exploitation que l'on peut assimiler à des chefs d'entreprise.
Ce mythe de l'unité est à l'origine de poussées corporatistes dans les années 30 notamment : l'idée est alors d'organiser la profession en dehors de l'État, dans un syndicat unique, partant du principe que la démocratie est facteur de division.
Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, la FNSEA recentre cette unité professionnelle autour d'elle, mais des contestations commencent à se faire sentir dès les années 1950, avec la création du CNJA, puis du MODEF et plus tard, de la FFA.

C'est grâce à ce quasi monopole que la FNSEA a réussi à se placer au cœur des politiques française et européenne.

La politique, omniprésente

À l'inverse de l'unité, défendue par la FNSEA, l'idée que le syndicalisme est fortement lié à la politique est régulièrement récusée. Pourtant, l'histoire du syndicalisme agricole montre bien que l'action syndicale a impliqué et implique toujours des liens au politique.
Jusqu'en 1958, la France fonctionne sur le principe d'une démocratie parlementaire : les députés et sénateurs sont les relais du syndicalisme vers le gouvernement.

L'agriculture fait alors l'objet d'une instrumentalisation politique : dès les années 30, on assiste à la création de branches syndicales par les politiques ; le CGPT, par les communistes et le CNP par les socialistes, qui rejettent le mythe de l'unité et mettent en avant les clivages (notamment la question de la taille des exploitations).
Jusque dans les années 50, l'hostilité à l'État a été moteur dans le syndicalisme.
Dès les années 50, les transformations syndicales doivent être lues à la lumière des transformations politiques :

  • Naissance de la gauche paysanne dès les années 50 ;
  • Alliance nationale entre le syndicat majoritaire et la nouvelle majorité gaulliste dès les années 1960, qui permet même à certains d'accéder à des postes ministériels (M. Debatisse et M. Guillaume). La FNSEA devient dès lors un partenaire de l’État. Comment alors ne pas parler de syndicat d'Etat et de cogestion ?!

La profession et les intérêts économiques

Sous la IIIème République, la responsabilité syndicale dans les actions économiques prend forme, avec l'apparition de « syndicats boutiques » qui s'occupaient de services non encore pris en charge par l'État : intrants, prêts, etc.

Dès les années 1920, des organisations spécialisées par production sont mises en place pour le blé et les betteraves. Elles s'appuient sur des ressources importantes tirées de leurs cotisations. Elles joueront un rôle déterminant dans les années 30, dans le développement des structures économiques puis seront utilisées plus tard pour la modernisation de l'agriculture.

Après la Seconde Guerre Mondiale, ces groupes spécialisés font l'objet d'une recomposition : pour ne pas qu'ils deviennent un contre-pouvoir, l'État les intègre à la FNSEA. Ces associations sont ainsi mobilisées sur les questions du développement économique des filières.
Dès les années 60, l'agriculture subit une transformation à marche forcée ; on parle de « Révolution silencieuse », avec l'essor du mouvement coopératif qui devient le relais du processus de modernisation (prenant exemple sur la production viticole, la coopération s'étend à toutes les productions).

Dès le début des années 1970, les premières limites de ces structures économiques apparaissent et des tensions se dessinent : une grève du lait en 1972 dénonce les différences d'intérêts entre les producteurs et les coopératives.
L'idéologie modernisatrice et productiviste commence alors à être remise en cause : elle favorise la destruction de toujours plus d'exploitations et trouve une opposition de la société sur les questions environnementales. À tel point qu'aujourd'hui, l'agriculture est perçue comme une activité nuisible pour la société.

Pour Édouard Lynch, cette remise en cause du productivisme par la société, les changements des modèles de consommation devront être des questions centrales pour le syndicalisme agricole de demain.

L'éclatement actuel du panorama syndical est lié à l'histoire.

Il semble que le syndicalisme agricole soit aujourd'hui à la fin d'un cycle, qui a eu un coût humain très important (réduction drastique du nombre d'ouvriers agricoles en particulier), mais que l'on peut considérer comme ayant été efficace sur la production qui a continué son développement. Ce modèle productiviste et libéral est aujourd'hui en crise ; il est contesté par certains, comme la Coordination Rurale, qui préconisent un autre système, notamment de régulation.

De même le lien au politique qui a fait du syndicat majoritaire un syndicat cogestionnaire doit peu à peu se « détricoter » au profit d'un syndicalisme varié, représentant les agriculteurs dans toutes leurs diversité.

II. Quel avenir voulons-nous pour notre agriculture ?

Pour faire suite aux conférences des « experts », d'autres intervenants sont venus parler de sujet plus politiques. Le représentant du ministre, Stéphane Le Moing, (en l'absence du ministre lui-même) a fait part des projets en cours au niveau français et européen. Après ce discours, riche en durée et pauvre en informations, François Lucas a fait le point sur le Xème plan, à l'origine des problèmes des agriculteurs. La journée s'est terminée avec des discours mobilisateurs de Robert Caquineau et Bernard Lannes, afin de rappeler l'importance capitale des élections aux Chambres d'agriculture de janvier 2013.

A. Stéphane Le Moing : Quelle position la France défend-elle pour la PAC 2014 ?

Du point de vue du temps de parole, le représentant du ministre a largement rempli sa mission. Au niveau du contenu, c'était un peu moins riche... Le discours était très institutionnel – voire ennuyeux - et bien évidemment il n'a livré aucun scoop.

Convergence des aides de la PAC

Néanmoins, on peut retenir que, comme l'avait déjà dit le ministre, la France souhaite décaler l'objectif de convergence après 2019 pour ne pas qu'elle soit « brutale ». Cela nous oppose de fait à un certain nombre d'Etats membres ayant déjà adopté une certaine convergence régionale des aides lors de la réforme de 2003. S. Le Moing a insisté sur la nécessité d'une transition plus longue et l'opposition du ministre au fait d'obtenir une aide unique par hectare découplée, qui livrerait nos territoires au marché, avec un risque important de spécialisation dans le « tout-végétal » et donc une forte sous-utilisation de notre potentiel agricole.

La France propose plutôt une majoration des aides sur les premiers hectares, qui permettrait de prendre en compte l'intensité en matière d'emploi. Cette idée (très Conf!) ferait son chemin auprès de nos partenaires européens.
Pour la CR, comme ce fut le cas lors du Bilan de santé de la PAC, il ne faut pas prendre aux uns pour donner des miettes aux autres, car cette spirale est sans fin et pénalise tous les agriculteurs : il faut en priorité revenir à des prix rémunérateurs et ce, pour toutes les productions !

Verdissement des aides de la PAC

La France soutient le principe du verdissement, mais le ministre souhaiterait en faire évoluer l'approche car l'accumulation des normes a montré ses limites, Ecophyto en étant un bon exemple.... Le ministre partage donc l'avis de la CR (exprimé maintes fois lors des débats du Grenelle) qu'il faut remettre l'agronomie au cœur du métier. Il s'agirait donc plutôt de promouvoir et diffuser les pratiques qui ont fait leurs preuves et dont beaucoup d'ailleurs sont déjà adoptées. Quant aux Surfaces d'Intérêt Ecologique (SIE), le ministre souhaiterait mieux prendre en compte la diversité de nos territoires, ne pas focaliser sur les chiffres et « enrichir le contenu des mesures » : comprenne qui pourra...

Régulation des marchés

S. Le Moing a convenu que notre approche pour des prix reflétant les coûts de production plutôt que des aides est pertinente, mais le souci serait qu'il n'y a pas d'espace politique en UE pour une telle évolution... Le temps où la France avait un pouvoir de décision en matière agricole semble bien loin ! La France dit souhaiter préserver le système de maîtrise des volumes : espérons que le ministre y mettra plus de conviction que lors du vote sur l'autorisation de vente d'un nouveau maïs OGM. Pour rappel, la France s'est ainsi courageusement abstenue en septembre 2012, laissant ainsi la Commission en décider seule....

B. François Lucas : Le Xème Plan, origine du mal agricole européen

Si notre agriculture se retrouve aujourd'hui en crise profonde, si la PAC 2014 proposée est si injuste, ce n'est que le prolongement de décisions prises à la fin des années 80 à travers le rapport « L'agriculture face à son avenir ». C'est cette position que la France a transmise au Commissaire Ray Mac Sharry et qui a ensuite été imposée  aux autres pays européens pour faire la PAC de 1992.

A la veille des élections Chambres, François Lucas a donc souhaité revenir sur cette trahison fondamentale de la FNSEA et des JA, que peu d'agriculteurs connaissent et qui a d'ailleurs conduit à la création de la CR. En effet, parmi les rédacteurs, on trouve :

  • Louis PERRIN – Président de l'APCA
  • Henri de BENOIST - 1er Vice-Président FNSEA
  • Luc GUYAU - Secrétaire Général FNSEA
  • Henry JOUVE - Président CNJA
  • Philippe MANGIN - Secrétaire Général CNJA
  • ...et bien d'autres têtes pensantes du « syndicalisme de proposition » !

A travers un certain nombre de citations, François Lucas a illustré à quel point le contenu de ce rapport a ensuite servi de guide aux réformes de la PAC qui se sont succédé depuis. En voici quelques extraits, particulièrement accablants :

L’agriculture livrée aux industries agroalimentaires :
« L’avenir de l’agriculture est donc en grande partie lié au développement des IAA mais aussi à sa capacité propre à fournir aux IAA des matières premières correspondant aux exigences technologiques : délai, quantité,qualité mais  aussi de prix. Si l’agriculture française n’est pas en mesure de répondre à ces exigences, les IAA s’approvisionneront ailleurs. » (p. 46)

« Un repli sur le grand marché intérieur n’est ni possible ni souhaitable. Un tel scénario :

  • à terme anéantirait le développement des IAA ;
  • aurait un coût important pour l’économie française ;

Vous pouvez lire l'intégralité du discours de François Lucas intitulé : Extraits accablants du livre « l’agriculture face à son avenir »

En résumé, ce rapport rédigé par des soi-disant syndicalistes, est bâti sur le mépris des agriculteurs et de leur dignité. Leur credo, c’est celui d’une agriculture compétitive qui ne retrouvera une raison d’exister que lorsqu’elle saura produire moins cher que le moins cher. En embrassant ce mythe de la vocation exportatrice de l’agriculture européenne, ils ont empoisonné l'agriculture et les agriculteurs !

Une conclusion s'impose : Changer c’est vital !

C. Robert Caquineau et Bernard Lannes : Notre avenir est entre nos mains !

Robert Caquineau a voulu rappeler ce qu'est la force de la CR, basée sur le travail et la solidarité, en évoquant une citation d'Henry Ford : « Se réunir est un début ; rester ensemble est un progrès ; travailler ensemble est la réussite. »

Le « laisser-faire » n'a que trop duré et il faut aujourd'hui dire STOP ! Les idées de la CR sont celles d'une grande majorité et il est temps que le paysage agricole change, que les représentants luttent pour une agriculture d'ouverture, de dialogue, de compromis, mais surtout pas de compromissions.

L'agriculture, au sens large du terme, est une véritable richesse de notre pays : elle occupe une place essentielle tant dans notre économie que pour notre territoire et pourtant elle est malmenée depuis de trop nombreuses années. D'une façon générale, il faudra faire confiance au monde agricole et parcourir la campagne pour permettre à tous les agriculteurs d'avoir accès aux informations indispensables pour faire leur choix, en conscience, selon les conditions imposées par le ministère pour ce vote par correspondance.

Le Calvados et le Lot-et-Garonne ont prouvé qu'une chambre CR, « ça se gagne,  ça marche et « ça marche même très bien, en toute transparence et au service de tous les agriculteurs ». Il nous faut désormais confirmer cette victoire à plus grande échelle, pour prendre notre avenir en main.

Bernard Lannes a clôturé le Congrès, en remerciant les intervenants d'avoir apporté un éclairage décalé sur les sujets cruciaux pour les agriculteurs que sont les nitrates ou l'eau, afin que chacun puisse continuer à œuvrer pour rétablir des vérités qui pénalisent gravement notre métier.

A l'heure où les Etats membres se déchirent au sujet du budget européen et en particulier sur celui de la PAC, au vu du bilan catastrophique actuel qui favorise l'instabilité et la spéculation sur les marchés agricoles, la dépendance alimentaire, des réglementations inextricables, la disparition des agriculteurs, la vraie question est : quelle nouvelle PAC faut-il construire ?

Il faut casser le dogme ultralibéral auquel se réfèrent nos responsables européens, pour pouvoir garantir l'autosuffisance alimentaire au sein de l'UE. L'alimentation est un sujet trop sérieux pour la laisser aux mains des spéculateurs. Dans un document intitulé « Une Pac du XXème siècle sous bonne protection », la CR a détaillé les objectifs permettant une économie d'au moins 20 milliards d'euros, en restant fidèles au traité initial de mise en place de la politique agricole commune.

Bernard Lannes en a appelé à « réveiller la force rurale » pour les élections professionnelles de janvier prochain. Il faut d'urgence « prendre notre métier en main » pour retrouver du revenu et aussi notre dignité. En France, cela ne sera possible que si on arrête cette cogestion avec  nos pouvoirs publics en faisant passer le vieux syndicat dit sous la barre des 50 %.

Notre avenir est entre nos mains !

Les photos du Congrès 2012 => Cliquez ici

Lu 1375 fois
Évaluer cet élément
(2 Votes)